Le suicide cellulaire, une mort qui sculpte le vivant

Mis à jour : 19 déc. 2018


Jean-Claude AMEISEN, médecin et chercheur, animateur sur France-Inter de la célèbre émission "Sur les épaules de Darwin" faisait en 1999 le point des connaissances actuelles sur le mécanisme de l'apoptose (ou suicide cellulaire).




L'image du vivant en perpétuel mouvement, qui se sculpte d'instant en instant, cette forme qui, à peine apparue, laisse la place à une autre, cette mort qui permet que la vie se poursuive ne pouvait que faire écho à l'appréhension du réel en Gestalt-thérapie.


Comment aurait-il pu en être autrement pour une thérapie qui fonde sa réflexion sur l'observation ? De la phénoménologie appliquée disent certains.


L'auteur décrit un ensemble de mécanismes biologiques complexes, et je me contenterai d'en relever ici quelques-uns.


Tout d'abord, un constat : un être vivant est un être en perpétuel sursis. Il en va bien entendu de même des cellules qui le constituent.


Vivre, pour une cellule, c'est avoir réussi pour un temps à réprimer son suicide. Or, cette capacité est intimement liée aux signaux de survie qu'elle reçoit des cellules qui l'entourent. Le contact organisme / environnement est ici une condition de survie dans la durée.


" Une cellule vivante est une cellule qui, jour après jour, a réussi à réprimer son autodestruction. Une cellule qui soudain disparaît est une cellule qui pour la première fois a cessé de réprimer le déclenchement de son suicide "

Derrière l'apparente immobilité de notre forme corporelle présente, de celle de nos organes, apparaissent des mécanismes perpétuels de dé-construction d'une forme et de reconstruction d'une autre forme. Ainsi la mort nourrit-elle perpétuellement le vivant.


" Contrairement au caractère anarchique de la nécrose, l'apoptose se déroule d'une manière étrangement discrète et stéréotypée, elle ressemble à un phénomène d'implosion : la cellule qui déclenche son suicide commence par couper tout contact avec son environnement, elle se détache et s'écarte des cellules voisine, se morcelle, se concentre, fragmente son noyau, la membrane extérieure se modifie mais reste intacte empêchant la libération des enzymes qu'elle contient et toute destruction environnante. Une fois disparue sous l'effet conjugué des mécanismes internes d'autodestruction et de l'action des cellules sentinelles, dont les macrophages, qui l'entourent les cellules avoisinantes comblent l'espace laissé libre par les morts "

La mort régulière d'une partie des cellules permet la prolongation de la vie du système que constitue l'organe qu'elles composent, et au-delà de l'organisme humain dans son entier.


A l'inverse, une cellule cancéreuse est une cellule qui échappe durablement à sa mortalité : elle enchaine les multiplications cellulaires en cessant de se différencier, ce qui crée une masse au sein de l'organe : la tumeur. Les cellules tumorales ne tiennent alors plus compte des signaux émis par les cellules saines voisines. Et, au lieu de déclencher leur suicide, elles favorisent leur propre développement en créant des vaisseaux sanguins, ce qui leur permet de détourner les nutriments à leur profit exclusif, privant ainsi l'organe de source de matière et d'énergie. Ainsi, c'est bien la tentative d'immortalité de la cellule qui conduit, à terme, à la mort de l'organisme par déficience de l'organe qu'elle colonise.


" L'acquisition par les cellules cancéreuses du pouvoir de semer la mort n'a pas pour seul effet de leur permettre d'échapper au système immunitaire. Elle leur permet également de déclencher le suicide des cellules saines alentour, creusant un abri leur permettant de grossir, puis pénétrant les vaisseaux sanguins de pouvoir voyager dans le corps "

Mais en situation normale de santé, le cycle de la mort et de la vie, observé au niveau d'un organe, peut également l'être à l'intérieur même de chaque cellule.


" Une cellule se déconstruit et se reconstruit en permanence, ingérant et transformant des nutriments, stockant et produisant de l'énergie, renouvelant ses constituants, assemblant et réassemblant les éléments qui la composent. Une cellule est une entité fluide, dynamique, en équilibre instable, échappant sans cesse àl'effondrement. Vivre, se construire en permanence, c'est utiliser des outils qui risquent de provoquer l'autodestruction et être, en même temps, capable de réprimer cette autodestruction "

Vie et mort semblent indissociables. Mort créatrice de la vie et, à travers le vieillissement, vie créatrice de la mort ?


Les pages de Jean-Claude Ameisen évoquent en tous cas sur le plan biologique des conditions de santé que les gestaltistes connaissent bien :

  • la nécessité du mouvement

  • la recherche d'un ajustement créateur à chaque nouvelle situation

  • l'interdépendance organisme/environnement dans le contact

  • l'agression d'un élément de l'environnement puis son intégration pour se réorganiser et croître

Vivre, dans la vision du monde du biologiste comme du gestaltiste, c'est accepter que la vie est mouvement et que la mort n'est pas l'opposé de la vie, mais bien un élément qui permet la croissance, et par là, la continuation de la vie.



GESTALT PRATICIEN • SEXOTHÉRAPEUTE • COACH • FORMATEUR

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