Résilience féminine ou comment déminer l'accès à la sensorialité et à l'émergence du désir


Résilience féminine ou comment déminer l'accès à la sensorialité et à l'émergence du désir

Je partage aujourd'hui des extraits de l'ouvrage de la journaliste Dalila Kerchouche qui, malgré un état des lieux de la violence ordinaire faite à l'encontre des femmes, entre tristesse et colère, convie son lectorat à un voyage libre et joyeux vers la reconquête de soi à travers les témoignages de ces femmes qui ont, chacune à leur manière, trouvé un chemin de réparation et de libération.


Pour fixer un peu le sujet, l'auteure interroge le Dr Muriel Salmona, psychiatre, qui rappelle alors ce qu'elle écrivait déjà en 2013 dans "Le livre noir des violences sexuelles", Ed. Dunod.


A savoir que les victimes de violences sexuelles à des femmes à 85%, et que 50% des actes sont commis sur des jeunes filles de moins de 16 ans.

Avec la torture, les violences sexuelles sont celles qui ont les conséquences psycho-traumatiques les plus graves. Elles présentent un risque important de développer un état de stress post-traumatique chronique élevé. Les violences sexuelles faites aux femmes et aux filles sont ancrées dans les traditions patriarcales

Les violences sexuelles sont souvent relayées par les femmes elles-mêmes à travers des phrases assassines qu'elles disent à leurs filles.

Ces phrases négatives font partie intégrante des violences sexuelles faites aux femmes. Les petites filles paient un lourd tribut imputable à leur mères, mais aussi à des attitudes limites, ambivalentes, de leur père ou de la fratrie. Qu'elle soit verbale, psychologique ou physique, la violence sexuelle démarre très tôt. Dès 2 ans, des petites filles sont hypersexualisées par leur tenue. Regards appuyés, moues désapprobatrices, jugements sur les premiers petits copains, remarques dégradantes sur les vêtements, condamnation de la masturbation comme pratique honteuse, déni de l'anatomie féminine

La société occidentale baigne depuis si longtemps dans les violences sexuelles imposées aux femmes qu'elle est une norme qui peine à être remise en cause.

Rares sont les femmes qui, au cours de leur vie, n'ont pas été rabaissées au rang d'objet sexuel. Leur très grande majorité a subi des violences sexuelles verbales quand elles étaient enfant, en moyenne à l'âge de 10 ans. Et à l'âge où théoriquement les petites filles abordent leur sexualité, elles ont déjà été traumatisées soit dans leur corps soit par le contexte social environnant. Dans la rue, à l'école, à la récré, toutes les petites filles font l'expérience de cette réalité

Mais qu'entend-on exactement par violence sexuelle ?

Les femmes grandissent dans un contexte de harcèlement sexuel, physique ou verbal tel que le définit le Code Pénal depuis la loi du 6 août 2012, à savoir le fait d'imposer à une personne de façon répétée, des propos, des comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant soient créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante
Très tôt, les petites filles identifient qu'elles entrent dans un monde de violence sexuelle et se construisent une sexualité colonisée par la répétition de ces propos dégradants. A l'adolescence, si une femme a une attitude pro-sexuelle, elle est souvent stigmatisée, insultée, dénigrée et assimilée à une salope. Ces représentations de la femme-objet légitiment la culture du viol.

Et l'impact sur la manière dont elles pensent et vivent la sexualité est souvent dramatique.

La sexualité féminine d'aujourd'hui se définit à partir d'une sexualité traumatisée. On la contraint, on la dégrade, on la violente, on considère le corps des femmes comme un objet dont les hommes ont le droit de disposer
Et on s'étonne qu'elles soient hypo-actives ou hyper-actives. Or, ces comportements découlent directement des traumatismes qu'elles ont subi : soit les femmes adoptent des conduites phobiques ou d'évitement, la peur conduisant à une diminution globale du désir féminin, un accès tardif à la jouissance voire des problèmes de vaginisme, de dyspareunie et de frigidité nourrissant l'idée reçue selon laquelle les femmes auraient moins de pulsion sexuelle que les hommes ; soit elles intègrent les violences subies comme si elles étaient colonisées par l'agresseur et vont alors se comporter de façon hypersexualisée, faire ce que l'agresseur attend d'elles, se comporter en objet sexuel, adopter des pratiques à risque ou de dégradation de soi

Un fois ce terrible constat dressé, Dalila Kerchouche fait le choix d'interroger quelques une de ces femmes, ces sexploratrices comme elle choisit de les nommer, qui ont su s'extraire, chacune à leur manière, du corset psychique imposé par l'expérience d'un environnement familial et social maltraitant et ainsi retrouver leur puissance de femme en libérant l'énergie vitale jusque là bloquée dans leur corps par l'effet de traumatismes d'intensité variable.


Pour certaines, ce sera à travers des ateliers de développement personnel autour de la créativité érotique ou de la méditation sensuelle, les stages de tantra, le massage tantrique ou la méditation orgasmique ; pour d'autres, ce seront des rencontres qui les mèneront à explorer le monde de l'effeuillage burlesque, du libertinage ou des jeux consensuels de Domination/soumission, même devenir elle-même actrice de porno féminin, travailleuse du sexe voire accompagnante sexuelle.


A travers ces témoignages, c'est à une véritable exploration des possibles que nous invite la journaliste, en s'inscrivant dans une perspective de restauration de la puissance du féminin, co-construisant parfois avec le masculin apaisé du partenaire de vie qu'elles ont choisi.


Et pour conclure je citerai une définition lumineuse de ce que peut être une sexploratrice selon l'une d'elles

C'est une femme qui revendique sa souveraineté sexuelle, qui affirme son propre pouvoir et assume la responsabilité d'elle-même, de son corps et de son accomplissement dans le monde. Une femme qui entame un voyage sans fin d'éveil vers sa propre nature féminine, sacrée, mystique, sensuelle et sauvage